Découvrir une oeuvre exceptionnelle dans un grenier… Le rêve de l’amateur collectionneur d’art ! C’est le choc émotionnel que nous fait vivre le musée d’Art Brut de Montpellier. Dans le petit monde de la création autodidacte, peu d’artistes maintiennent encore leur activité créatrice à l’abri de tout regard jusqu’à la fin de leur existence. Edmond Barrial faisait partie de ceux-là. De janvier à avril 2026, partez à la découverte d’une partie de ce trésor découvert par hasard dans un grenier : une quarantaine de pièces uniques d’Edmond Barrial, généreusement confiées par les collectionneurs Thérèse et Bertrand Roualet, seront mises en lumière. Artistes Actuels vous entrouvre les portes.
© photo de couverture : Le char Inuit présenté par Patrick Michel, directeur du musée d’Art Brut de Montpellier
Edmond Barrial, un artiste secret et autodidacte passionné
Edmond Barrial dit « Momon » est né en 1926 au coeur de la vallée de l’Auzonnet, dans le bassin houiller d’Ales à l’entrée des Cévennes. Enfant unique, il sera atteint d’une maladie invalidante l’empêchant de marcher et de fréquenter l’école. Il apprend à lire et à écrier aux côtés de sa grand-mère et de trois de ses voisins.
Dès sa jeunesse il fabrique toutes sortes de petits objets en bois. Sa mère décède lorsqu’il a dix-sept ans. Sa santé s’améliorant, il part travailler comme mineur de fond puis rapidement comme lampiste car il ne peut supporter l’enfermement, la poussière et l’humidité. À 47 ans, il n’est plus valide pour poursuivre. Alors il consacre tout son temps au façonnage d’objets en bois de châtaignier ou de poirier récupéré dans les montagnes cévenoles : oiseaux, chars, avions, personnages célèbres tels que Laurel et Hardy, John Wayne, Elvis Presley…
Contes, légendes et culture populaire nourrissent son imaginaire et sa création. En lutte contre l’angoisse et la dépression, Edmond Barrial travaille dans son atelier loin de la ville, à l’abri des regards sans partager ses secrets, ni avec avec sa famille ni avec ses amis.
Il décède en 2012 et nous laisse une oeuvre « sans école », habitée d’une extra-ordinaire densité et ingéniosité. L’oeuvre restée secrète, comme emprisonnée, n’est découverte que dix après son décès dans son grenier sans être jamais présentée officiellement. En 2026, le musée d’Art Brut de Montpellier nous la révèle.
Edmond Barrial donne vie à un imaginaire emprunt de culture populaire et de labeur
Le bois, matériau « primitif » et végétal, permet à Edmond Barrial de donner forme et vie à sa force intime marquée par la dureté de la maladie, le travail et la sueur des profondeurs de la terre. La mère nature est son refuge.
Ses mains parlent vrai et façonnent un univers de travailleurs, d’arquétypes d’humains et d’animaux devenus des idoles féériques et magiques. Ses sculptures en bois taillées et partiellement polychromes jouent sur la frontière entre jouet, figurine de théâtre et sculpture d’art populaire.
Les corps simplifiés, les visages frontaux, les proportions déséquilibrées nous plongent
dans un théâtre de poche de la mémoire populaire et de carnaval.
L’oeuvre d’Edmond Barrial mélange les temps et les registres : conte, histoire, quotidien, bestiaire comme une grande mémoire collective bricolée. La polychromie y est parcimonieuse : la couleur sert surtout à signer l’identité une peau ou une patine.
Edmond Barrial vivait en contact étroit avec la nature et l’observait avec attention.
Sa passion créatrice lui a permis d’échapper aux dures réalités du monde du travail qu’il a connues, ainsi qu’aux désespoirs liés aux bouleversements sociaux et à sa maladie qui l’ont conduit à l’inactivité.
Découvrez son oeuvre au musée d’Art Brut de Montpellier
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