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Lydie Arickx, artiste tellurique en expo

La première fois que j’ai vu les œuvres de Lydie Arickx était dans la galerie de Dominique Polad Hardouin. Je connaissais déjà son travail mais seulement en photo dans la revue d’art contemporain AZART. C’était déjà époustouflant mais assurément rien par rapport aux œuvres réelles.

Dominique avait de grandes toiles de Lydie Arickx qu’elle déroulait comme on l’aurait fait d’un tapis. Je ne pouvais m’empêcher de penser que ce n’était pas très prudent mais les créations de Lydie Arickx sont décidément des œuvres qui savent résister aux épreuves ! Cette fille d’un maçon flamand immigré dans le Sud-Ouest de la France a toujours su faire parler la matière.

Par quoi commencer pour parler de celle dont le critique d’art Christian Noorbergen dit « Lydie Arickx règne sur les hauteurs » 

(Artension, Hors série N°23 Mars 2018 L’expressionnisme aujourd’hui)

Peintre et sculptrice, et de plus en plus sculptrice et peintre, Lydie Arickx a su créer une œuvre hors normes.

Lydie Arickx expose une œuvre titanesque au château de Biron,

Comment cette petite femme a-t-elle pu investir avec autant d’énergie créatrice ce château fort périgourdin et ses presque 2000 m2 avec plus de 500 œuvres ?

C’est un travail titanesque que nous avons eu le privilège de découvrir le 11 mai 2019. 

La visite de l’exposition est commentée  par le duo Lydie Arickx et Jean-Claude Ameisen (médecin et auteur de l’émission de radio sur France Inter « Sur les épaules de Darwin »).

« Tant qu’il y aura des ogres »,  2018-2019

le petit poucet

Première rencontre avec Lydie Arickx à Biron

Ce 11 mai 2019, après une première visite de l’exposition en matinée et un déjeuner à l’auberge du château, nous attendions dans la cour du château de Biron que débute la visite. Vers 14H00, un attroupement se forme…

Nous nous y dirigeons et découvrons au centre une toute petite femme habillée d’un grand manteau-robe noir et gris. La soixantaine, les cheveux qu’on devine courts sous un étrange chapeau, d’énormes lunettes rondes bleues et rouges. 

C’est ainsi que nous est apparue Lydie Arickx, artiste tellurique par ses créations et sa personnalité.

Tout l’après-midi, Lydie Arickx, infatigable nous entraine au travers de l’exposition. Nous traversons les salles, les étages, les escaliers, les cours, les jardins, les sous-sols de cet immense château qu’elle n’a eu aucun mal à habiter avec l’aide précieuse de son conjoint et de son fils. A eux trois, ils forment un trio qui est toujours prêt à s’attaquer à tous les défis.

Lydie Arickx, du minuscule au gigantesque

L’exposition est un pur émerveillement. Nous sommes subjugués par les œuvres en extérieur comme « L’autoportrait », cette immense araignée à tête féminine qui veille sur les visiteurs, « La harpie » cette sculpture de ciment et ceps de vigne qui fait la vigie sur la vallée 

On découvre ce loup gigantesque qui porte sur ses genoux le petit chaperon rouge, « Le petit poucet » cette énorme main pouce levé avec à côté le petit poucet ou bien « La frontière du silence » cette tête de bronze à la face déformée qui est installée au-dessus de l’entrée du château…

Les œuvres présentées en intérieur sont tout autant époustouflantes avec une incroyable variété de supports comme des peintures, des sculptures, des assemblages, des céramiques, des livres, des fauteuils, des découpes de métal ou des peaux. 

Elles vont de l’œuvre minuscule comme ces visages peints sur de toutes petites plumes, feuilles et fleurs, à l’œuvre gigantesque comme cet homme qui marche au plafond ou cet immense collier de têtes en céramique.

Elles s’inscrivent souvent dans un ensemble comme « Le ventre de la forêt » qui est un immense ensemble d’œuvres florescentes présenté dans une salle volets fermés ou comme ces merveilleux « Portraits de famille » peints sur des reproductions d’œuvres de maîtres flamands.

« Elle peint, elle sculpte. Elle danse. Elle escalade les échafaudages. Ses mains plongent dans un monde en train de naître et s’en retirent, et y replongent et s’en échappent, avant de s’y noyer et d’y disparaître »
Jean-Claude Ameisen
Médecin, chercheur, auteur

Les créations de Lydie Arickx expriment la souffrance, la vie et la mort

Le fil conducteur de cette exposition est autant les ogres que l’enfance car les ogres, nous le savons, font du mal aux enfants. Tout au long de « Tant qu’il y aura des ogres », on perçoit les souffrances enfantines mais l’artiste nous laissent également deviner les souffrances des ogres eux-mêmes lorsqu’ils se savent monstres.

Le parallèle avec le célèbre tableau du peintre espagnol Francisco de Goya « Saturne dévorant un de ses fils » (Musée du Prado, Madrid) est flagrant. Goya y peint le titan Saturne (Chronos pour les Grecques) mangeant un de ses fils afin qu’il ne prenne pas sa place de roi des titans. 

L’atrocité de cette scène est amplifiée par la déformation du visage du titan qui semble horrifié par sa pulsion destructrice qui le conduit à dévorer ses propres enfants.

"Saturne dévorant un de ses fils", Goya, 1819-1823

extraits de “Le ventre de la forêt”, ensemble d’oeuvres fluorescentes

Le paroxysme de cette souffrance enfantine est atteinte dans le sous-sol du château, où Lydie Arickx a choisi d’y installer la cuisine de l’ogre avec en cage une petite fille prisonnière. C’est terrifiant.

Dans l’œuvre de Lydie Arickx, pulsion de mort et pulsion de vie s’entrecroisent sans cesse.

Lorsque Yves kneusé lui demande « Y a-t-il un plaisir, une nécessité de mettre sur la toile des sujets aussi durs ? », Lydie lui répond « mais je ne peux pas faire autrement »

in « Lydie Arickx, Oublier qu’on peint », éditions Gourcuff Gradenigo

Où je rencontre Lydie Arickx de façon totalement inattendue

Le lendemain de l’exposition, nous avions décidé de rentrer en prenant les petites routes des environs du château de Biron et de faire une halte dans le village de Villereal. Il y avait une brocante sous l’ancien marché couvert, la ville était remplie de monde. Assis sur le trottoir au soleil, je dessinais des anciennes maisons quand une voiture se gare et me plonge dans l’ombre. Mécontent, je me lève pour changer de place lorsque, de la voiture, descend une toute petite femme dans un grand manteau-robe noir et gris… Lydie Arickx ! Immédiatement, je l’aborde. 

Elle rit de me voir si excité par notre rencontre fortuite et m’offre un dessin sur la première page de mon carnet de croquis ainsi qu’une salve d’éclats de rire ! 

Lydie Arickx tout sourire dans son atelier devant une de ses grandes peintures
Lydie Arickx nous salue

photos Artistes Actuels