Entre figuratif et abstraction, entre période matiériste avec des toiles en relief et période de grande fluidité, la peinture de Sylviane Blondeau met toujours en symbiose le vivant et la nature morte.
Au fil des hasards de la vie, on fait des rencontres d’artistes dont on conserve le souvenir au travers d’œuvres sur nos murs. Puis un jour, on recroise l’artiste lors d’un salon et l’on mesure le temps qui a passé pour chacun et l’évolution du travail sur les toiles. Sylviane Blondeau, peintre, fait ainsi partie des artistes dont j’ai pu suivre l’histoire depuis la Picardie à la Charente-Maritime où elle vit et travaille aujourd’hui, en passant par le salon Figuration Critique à Paris
Peindre vite et avec énergie pour s’exprimer et être au monde
Certainement consciente au plus profond d’elle-même de la fragilité et de la brièveté de l’existence, Sylviane Blondeau a mené une vie étudiante très dense : un double cursus en Lettres modernes et Histoire de l’art en parallèle d’un travail de surveillante.
Elle exercera ensuite plusieurs années en tant que professeure de français dans le secondaire avant de se consacrer pleinement à la peinture.
Particulièrement active, elle a aussi suivi pendant 3 ans une formation d’Art-Thérapie à l’atelier Les pinceaux à Paris. Dans ce cadre, elle a côtoyé et accompagné des personnes handicapées de naissance ou fortement accidentées. La fragilité de la vie n’est pas seulement un concept ou de la littérature, l’artiste l’a côtoyée.
Un dialogue permanent entre le vivant et le non-vivant
Enfant, Sylviane a pratiqué la danse classique pendant dix ans, puis le Modern Jazz pendant deux ans. Elle en a tiré un goût pour le mouvement et a beaucoup dessiné et peint les corps des danseurs.
Sur ses toiles, les corps ne sont pas les seuls à être en mouvement et en équilibre, les natures mortes aussi semblent s’animer, prendre vie ou se diriger vers la chute sous l’effet du vent.
Son travail plastique aborde la question de l’éphémère, de la fragilité des choses terrestres et du passage inexorable du temps dans des séries aux titres évocateurs tels que « Derniers pétales », « Le désarroi des restes », des paysages « Vulnérables sous le vent ».
Le plus souvent, elle associe la nature morte, aussi bien d’aliments que de fleurs, et la figure humaine. Les « objets » peints s’assemblent, se joignent, s’accompagnent.
« Pendant une bouffée de silence, épaisse comme une brume, je viens d’entendre choir sur la table voisine les pétales d’une rose qui n’attendait, elle aussi, que d’être seule pour défleurir. » L’étoile Vesper, Colette (1946)
Peinture et littérature
La peinture ne l’a pas détournée de la littérature. Le vent qui souffle sur ses toiles, les couleurs sourdes ou rabattues, le silence ou l’adversité de l’environnement résonnent avec l’écriture de la romancière norvégienne Sigrid Undset, prix Nobel de Littérature en 1928. Sylviane aime ces épopées de femmes fortes luttant avec leur environnement social ou géographique marqué par les gris, les couleurs au faible ensoleillement devenant pastel.
Longtemps elle a peint uniquement à l’huile dans un geste vif et avec une approche matiériste. Son travail actuel est devenu plus méditatif, pour cela elle a recours à des matériaux plus variés : ainsi se mêlent subtilement l’huile, l’acrylique, l’estampage et le collage. Il en résulte une texture légère et fluide.
Malgré les superpositions, la toile ne s’alourdit pas et laisse apparaître des transparences. Sylviane Blondeau nous donne à voir ce qui reste après un repas, après le passage du temps ou ce qu’il risque de rester de la nature si l’on n’y prend pas garde.
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