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Le bœuf écorché, de Rembrandt aux artistes actuels

Entre le célèbre tableau de Rembrandt exposé au Louvre et les œuvres d’artistes actuels, près de 400 ans se sont écoulés. Pourtant, il reste un langage commun avec la mort au premier plan. La mort de l’animal et la mort de l’humain, comme un écho.

Rembrandt nous dit "Souviens-toi que tu vas mourir" !

En 1655 , Rembrandt peint “Le bœuf écorché”, tableau actuellement exposé au Louvre. Il s’agit de l’une des très rares natures mortes du grand maître néerlandais. Rembrandt peint ce tableau avec une palette de couleurs réduite, blanc, jaune et rouge sur un fond sombre. La bête éviscérée est imposante. Elle écrase la toile et c’est tout juste si on aperçoit le visage d’une femme en arrière-plan.   

Ce terrifiant “memento mori !” (Souviens-toi que tu vas mourir !) a frappé les esprits et inspiré au fil des époques de nombreux artistes, modernes et actuels.

Les Modernes réinventent "Le bœuf écorché" de Rembrandt

En 1925, le peintre expressionniste Chaïm Soutine peint « Le bœuf écorché » dans le cadre d’une série d’œuvres.

Comme chez Rembrandt, le corps de la bête occupe quasiment tout l’espace de la toile, mais les couleurs sont beaucoup plus violentes, entre le rouge de la chair et le bleu du fond.

En effet, plus encore que Rembrandt, Soutine peint ici la mort dans toute sa violence. La légende dit que le peintre franco-russe avait gardé une carcasse, comme modèle, plus de huit jours dans son atelier plongé dans une odeur pestilentielle.

En 1947, Marc Chagall peint également « Le bœuf écorché » mais dans un traitement poétique. Le bœuf y apparait avec une posture de tête presque vivante. Le boucher avec son couteau en main flotte doucement dans les airs, avec au fond un village enneigé. Mais le baquet dans lequel il semble boire est bien remplit de son sang. 

En 1954, Bernard Buffet se lance également dans « Le bœuf écorché » avec une précision anatomique poussée à l’extrême qui nous permet de compter les côtes de la carcasse. Le tableau est très sombre et la palette de couleurs réduite au minimum. Du rouge, du blanc et du noir.  

La même année, Francis Bacon peint « Figure with Meat » où apparait un vieux Pape au visage bleui, inspiré du tableau « Innocent X » de Velasquez. Mais le vieux Pape est représenté ici entre deux parties d’une carcasse d’animal.

Les artistes actuels font toujours résonner Rembrandt

La photographe Vanda Spengler est captivée par la chair. Non pas la chair érotique, mais la chair vivante, morte ou blessée. Dans sa série “Carcasses”, elle s’est saisie du thème de l’animal écorché et dans une superbe photo, elle mélange l’homme et l’animal dans un même mouvement. On y voit le boucher comme chez Chagall. Le fond est noir comme chez Dubuffet. La viande est rouge comme chez Soutine.

L’artiste Stani Nitkowski a créé une œuvre fulgurante célébrant à la fois la vie totale et la mort totale. Parmi ses très nombreuses œuvres, on trouve « Le bœuf écorché » d’après Soutine, car c’est bien la filiation de Soutine qui nourrit ici Stani Nitkowski. On y retrouve les rouges et les jaunes du peintre russe émigré en France. Les deux peintres violemment expressionnistes communiquent ainsi ensemble à travers le temps. Tous deux mourront à cinquante ans. 

L’artiste français Kendjy a peint “Le bœuf écorché de Mc Donald”. Il y fait apparaitre en arrière-plan le clown mascotte de la chaîne de fast food Mc Donald au lieu de la servante du maître néerlandais. Chez Mac Do où les burgers sont hyper standardisés et sucrés, sait-on encore ce qu’on mange ? Kendjy nous rappelle que les burgers sont bien faits à partir de bœufs écorchés.

L’artiste Tessa Zerbid peint actuellement des séries en couleurs ou en noir et blanc de femmes et d’hommes dans leur vie « parisienne ». Elle a également réalisé quelques portraits d’animaux ainsi que le tableau “Le bœuf écorché d’après Rembrandt” dans un traitement entre figuration et abstraction où viande et fond se mélangent dans le même rouge sombre.

La sculptrice Isabelle Plat a réalisé “Le bœuf écorché” à partir d’un vêtement qu’elle a transformé en cadavre ouvert. On hésite de savoir s’il s’agit d’un animal ou d’un humain mais en fait, à l’exception du titre, tout est bien humain dans cette œuvre terrifiante qui semble renvoyer à une scène de torture.

Les artistes actuels, qui créent dans une société où la viande midi et soir est devenue la norme et l’abattage d’animaux une industrie à la chaîne, nous adressent un message. Il est venu du fond des siècles et il nous dit “Souviens-toi que tu vas mourir !”