You are currently viewing Claude Lieber, peintre de la mémoire

Claude Lieber, peintre de la mémoire

Dans l’œuvre de Claude Lieber, tout semble avoir été déposé là par le temps. Sa peinture se lit par fragments et par transparences. Un mot apparaît, une silhouette s’efface, une couleur traverse la toile comme une réminiscence. Ses compositions sont des archives urbaines, intimes ou collectives.

Du graphisme à la peinture

Artiste franco-suisse né à Grenoble en 1954, Claude Lieber est diplômé en 1979 de l’Union Centrale des Arts Décoratifs. Avant de se consacrer pleinement à son travail plastique, il a exercé comme graphiste, roughman et directeur artistique, puis comme cofondateur et directeur de création d’un bureau de design graphique. Il est peintre et photographe depuis 1986 et président du Salon Figuration Critique depuis 2022. 

Le parcours de Claude Lieber dans le graphisme détermine son rapport très fort à la lettre, au signe et à la composition. Dans ses tableaux, il intègre des mots, des numéros, des codes-barres, des étiquettes, des fragments de textes aux typographies variées. Pour Claude Lieber, l’écriture, lisible ou non, devient matière plastique. Touches de couleurs, de mémoires et de vies s’inscrivent sur ses toiles.

Il pratique l’estampage à l’huile sur papier pour récolter les traces du passé en prenant les empreintes d’inscriptions lapidaires, des plaques de rues, plaques d’égouts ou d’immatriculation… Ces empreintes de textes gravés sont pour lui des traces du passé laissées par toutes les vies de passage qui nous ont précédés. Ainsi, dans tous ses déplacements, papier et bâtons d’huile l’accompagnent prêts à collecter des empreintes du passé.

Un univers proche de Patrick Modiano : ville, mémoire, enfance et disparition

Sur les toiles de Claude Lieber les couches se superposent sans jamais totalement s’annuler, comme des palimpsestes. Des signes, des typographies urbaines, des empreintes, des marques, des cicatrices composent sa mémoire visuelle.

Entre figuration et abstraction, ses toiles associent collages, fragments d’affiches, imprimés, photographies, des fragments de textes français ou allemands, des écritures hébraïques et de la peinture.

Une figure, une silhouette humaine ou une photographie ancienne surgit parmi les couches et les aplats bleus, gris, bruns ou rouges. Il structure son espace quasiment toujours de façon verticale. Il aime travailler sur des formats permettant la linéarité verticale ainsi que sur des polyptyques qui offrent la possibilité de diffracter le message ou l’image. Dans l’Histoire de l’art, les polyptyques se retrouvent associés à la peinture d’autel. En mettant en lumière nos passés et/ou son passé personnel sur ces compositions, Claude érige-t-il des retables modernes ?

Les présences humaines plus ou moins visibles ouvrent des pistes sur des histoires humaines. Au regard de retrouver les traces d’une histoire enfouie sous la stratification ou la ville nocturne comme dans les romans de Patrick Modiano dont Claude Lieber affectionne la lecture. La lecture de Dora Bruder lui a inspiré une toile, Dora B., et il a peint un diptyque Modiano 1 et Modiano 2. 

Collages, techniques mixtes et écriture graphique pour une poésie visuelle de la trace

Si le collage occupe une place importante dans son travail, son art est bel et bien de la peinture : chaque élément constitue une touche de couleur qu’il travaille patiemment.

Parmi ses influences, il compte Raymond Hains [1926-2005] et Arthur Switzer […].

Claude Lieber peint ce qui reste après le passage du temps : les souvenirs restés sur des murs que la folie rénovatrice des urbanistes modernes n’aurait pas encore ravalés. Avec la numérisation, notre société laisse de moins en moins d’affiches, de journaux et de tirages photos. De ce fait, la société du XXIè siècle semble-t-elle laisser de moins en moins de traces et de stigmates dans l’espace urbain comme dans nos espaces domestiques. Claude explique notamment que ce phénomène est particulièrement flagrant dans le métro à Paris.

Ainsi le travail de Claude prend-t-il toute sa dimension archéologique!  Par la fixation sur la toile, les vestiges éphémères deviennent ainsi indélébiles évitant la disparition et l’oubli. Chacun de ses tableaux est un poème suggérant des souvenirs ou des sensations où les traces d’enfance et les mémoires familiales se révèlent.

En travaillant sur l’empreinte, Claude Lieber nous parle de nos vies, des mouvements de la ville et de l’Histoire.

©artistes actuels.fr

Laisser un commentaire