L’ouverture en 2014 du musée Cécile Sabourdy fut le fruit d’un enchainement de circonstances heureuses que la chance a réunies. C’est un mini conte de fées avec une petite fille originale entourée de parents bienveillants, un châtelain, un parrain galeriste et un presbytère à l’abandon.
Dans cet écrin se tient pendant toute l’année 2026 une rétrospective consacrée à l’artiste singulier Pierre Albasser qu’Artistes Actuels apprécie particulièrement. Cette rétrospective est sans aucun doute un événement marquant pour cette institution locale.
Cécile Sabourdy, une enfant hors-normes du Limousin devenue artiste singulière
Cécile Sabourdy (1893-1970) fille d’un instituteur et d’une brodeuse avait une personnalité fragile. Effrayée par les contacts sociaux, ses parents la protègent et choisissent de l’éduquer à la maison. Son espace territorial se limitait aux environs de Janailhac et de Saint-Priest-Ligoure et elle n’a jamais quitté sa région limousine.
Dès les années 1920, ses premières toiles présentent la paisible campagne environnante avec ses châteaux, ses villages et ses fermes. Sa touche fine et maîtrisée détaille les pâtures, les bois et les bâtiments pittoresques dont elle révèle chaque détail de la pierre ou de la végétation. Les personnes et les animaux se figent dans ses décors où rien ne semble bouger.
Ses œuvres restituent les paysages et les monuments proches de Janailhac et de Saint-Priest-Ligoure. Elles reflètent une vie tranquille et sédentaire très proche des animaux (chats, moutons, oiseaux et vaches) où l’eau et les arbres occupent une place importante. Un portrait de son père se démarque ainsi qu’un grand tableau d’une scène des tranchées de la première guerre dont le choc a fait vibrer chaque village. Cécile y restitue toute sa sensibilité.
Un agriculteur châtelain proche de l’avant-garde artistique de son époque
Henri de La Celle, éleveur limousin et amateur d’art vit au Château-Elyas à Saint-Priest-Ligoure. Aristocrate et esthète, il y accueille des représentants de l’avant-garde française : tels que Niki de Saint-Phalle, Calder, Tinguely, Brassaï et Lalanne, le directeur du Musée d’art moderne de New York.
Il rencontre Cécile Sabourdy par hasard, lui rend visite chaque fois qu’il passe dans le bourg et devient son mécène pensant découvrir un talent comme Henri Rousseau ou Séraphine de Senlis.
A la mort de ses parents, 1934 pour son père et 1949 pour sa mère, il veillera sur elle. Son ami le galeriste Hubert de Blomac découvre chez lui les œuvres de Cécile et en vend auprès de ses clients.
À la mort de Cécile en 1970, ses cousins héritiers ne veulent pas de ses tableaux. Henri de La Celle devient alors le propriétaire exclusif de plus de 90 toiles sur les 107 identifiés. Lorsque les filles d’Henri de La Celle envisagent de faire don des œuvres de Cécile au musée d’art naïf Anatole Jakovsky de Nice, Hubert de Blomac s’y oppose et souhaite la création d’un musée local. La Maire de Vicq-sur-Breuilh, Christine de Neuville, y voit l’opportunité de restaurer le presbytère du XVII de sa commune, lieu adapté pour développer une activité culturelle. La machine se met en route : Projet, dossier, financement par les tutelles et mécénat… et le musée jardin Cécile Sabourdy ouvrira ses portes en 2014.
Rétrospective Pierre Albasser, l’événement phare de 2026 pour le musée Cécile Sabourdy
Pierre Albasser est un homme sérieux qui a un double imaginatif, facétieux et juvénile. Une fois l’homme sérieux à la retraite, le double libère sa créativité faisant de Pierre Albasser une grande figure de l’art singulier en France.
L’exposition révèle trente ans de création dont l’univers graphique immédiatement reconnaissable. Ses tracés noirs ont une puissance hypnotique et chaque ligne semble prolonger la précédente. Traits et couleurs forment sa mythologie personnelle peuplée de figures hybrides, d’oiseaux, de visages et de corps imbriqués.
Ses compositions sont tour à tour drôles, inquiétantes ou tendres et invitent le regard à circuler sans cesse entre les détails, les motifs et les personnages.
Avec une liberté d’écriture visuelle, à la fois brute et savante, Pierre Albasser fait de ses dessins des territoires d’imagination et de poésie. Aucun doute, cette rétrospective constitue le point d’orgue de la saison 2026 pour le musée.
GEHA est l’artiste invitée par Pierre dans cette exposition rétrospective : à la ville comme en création, ils partagent une créativité joyeuse. Oeuvres en duo parfois, ou le plus souvent oeuvres en résonance dans un accord parfait, la même musique les anime.
L’extérieur champêtre ne peut que ravir les visiteurs qui au détour de leur balade auront la joie de découvrir quelques sculptures de Roland Vincent qui a eu l’occasion d’exposer ici il y a plusieurs années. Nous espérons que cartel et mise en place valoriseront ces œuvres endormies.
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